Frémissements, 2024

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Texte de Françoise Mamie
Le Salon Vert a le plaisir d’accueillir Anne Pantillon, plasticienne chaux-de-fonnière, établie à Lausanne qui présente ses récentes réalisations à l’acrylique, tempera et aquarelle, ainsi que quelques gravures.

Venue de la musique, par sa famille et par sa formation de violoniste au conservatoire, Anne Pantillon est arrivée aux beaux-arts avec le sentiment qu’un nouvel espace de liberté s’ouvrait à elle. Pour autant, ni la musique ni sa pratique de la danse n’ont disparu. Elles infusent sa peinture à tel point que son travail se construit en écoutant de banques de sons et en peignant au sol avec tout le corps, les bras, les coudes et les mains, dont les mouvements sont structurés par les vibrations sonores. On citera en exemple la série intitulée Oscillography, réalisée en écho aux Sonates et Partitas pour violon solo de Bach. Mais ce sont aussi les bruits de la nature, du vent, de la mer, comme une respiration, qui irriguent sa pratique.

En 2020, en pleine pandémie, l’artiste reprend le pinceau sur toile. Retirée dans son atelier, elle observe le paysage par la fenêtre. De ce confinement, naît la série Intérieur(s) qui renoue avec la figuration et de très grands formats, mêlant nature et architecture dans des espaces recomposés par la pensée et l’imaginaire. 

Si les pièces présentées au Salon Vert appartiennent à cette thématique, elles sont toutefois plus tardives. Les premières ont été créées en été 2023, lors d’une résidence à la Fondation Seewald, au Tessin. La situation de cette résidence, dominant le lac Majeur, met en lumière le frémissement particulier de l’eau enchâssée entre les flancs de montagnes abruptes et balayée en permanence par des courants d’air qui irisent sa surface. 

Les éléments architecturaux se font plus discrets, ils encadrent ou limitent l’espace naturel. Quelques végétaux apportent des motifs précis en contrepoint aux étendues lacustres. Car le paysage observé sert de point d’appui pour une composition qui s’éloigne du réalisme et s’enrichit de symboles. La matière même de la peinture, tout comme la musique, fait évoluer l’image et la nourrit pour exprimer un ressenti, une idée.

Aux vues estivales du lac Majeur, se sont ajoutées celles du Léman en hiver. Les couleurs sont moins vives et la lumière a changé. Mais ce sont les mêmes vibrations et la même confrontation entre nature et traces de la présence humaine dans le paysage que transmet l’artiste.

Diplômée de l’ECAL, Anne Pantillon vit et travaille à Lausanne. Elle a exposé à de nombreuses reprises en Suisse et à l’étranger. Une importante monographie parue en novembre 2022 aux éditions 5 Continents retrace ses vingt ans d’activité, avec des textes de Nathalie Chaix, directrice du Musée Jenisch de Vevey, Corinne Currat, conservatrice adjointe à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne, Pierre Fankhauser, écrivain et traducteur et David Lemaire, directeur du musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds.