Basalte
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Exposition personnelle, Galerie du Château, Avenches
Sylvia Rohner, historienne de l’art, 2008
Dans la nature, le jeu des formes et des lignes est une source d’inspiration toujours renouvelée et à redécouvrir constamment. On peut, par exemple, être sensible au jeu de l’eau et observer le gravier, reposant sur le lit d’une rivière, qui se dissimule ou qui se montre au gré des flots. La rivière joue à cache-cache. Chaque mouvement de l’eau dévoile furtivement la présence d’un galet et nous devinons la douceur de sa rondeur. Le gravier apparaît pour disparaître momentanément ; la présence matérielle du gravier, l’expression de la forme plastique, est la thématique principale de la série des « lits de rivière » d’Anne Pantillon, et également dans les œuvres présentées dans cette exposition.
Il y a quelques années de cela, en 2000, Anne découvre sur les bords de la rivière Ardèche, ce que les habitants de la région appellent poétiquement les « orgues basaltiques ». Ce sont des coulées de lave qui ont refroidis lentement et qui ont donné naissance à des piliers de prismes hexagonaux de différentes grandeurs. La rivière Ardèche les a mis au jour, le temps et le travail de la rivière les ont paré des couleurs pastel et terre. Si, au début de son travail, Anne Pantillon s’est inspirée de la forme de ces orgues pour construire ses collages, la forme s’est par la suite émancipée pour devenir un mode de représentation autonome. Le lien avec le sujet a disparu, la forme est restée, transcrite de manière épurée, travaillée en carré ou en rectangle. La forme vit maintenant dans sa relation avec ses voisines. Dans ses collages, Anne Pantillon crée des atmosphères en étudiant les rapports qu’entretiennent les formes les unes par rapport aux autres. Elle imprime une tension et un rythme à la structure, jouant sur la répétition.
La forme devient écriture et leurs juxtapositions révèlent des phrases tantôt musicales, tantôt scripturales. Le collage des formes horizontales exprime l’idée de calme. Il représente des pierres marquées par le niveau de l’eau, une pause impromptue… Les figures verticales s’inscrivent dans une dynamique plus interactive. Elles deviennent des « quarte », des « pas de deux », des « cadence », des « sarabandes »….
La surface, travaillée à l’aquarelle et à l’encre de chine, amène de discrètes nuances émotionnelles. Une touche de couleur, rose comme le basalte par exemple, évoque un sentiment. Libre au spectateur de traduire ce message selon son humeur et sa sensibilité du moment.
Les œuvres exposées en ce lieu vous amènent au loin, en vous, afin de retrouver une tranquillité et l’harmonie du monde comme le promeneur solitaire face à la nature.