Jean-Paul Gavard-Perret, 2015
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Jean-Paul Gavard-Perret, écrivain et critique d'art contemporain, mars 2015
Anne Pantillon ne cesse d’ouvrir la caverne platonicienne afin d’y faire entrer le jour. La toile devient un drap mais sur lequel une avalanche de couleurs se répand par fragments, grappes, coulures, ravinements, effets de plans et de reliefs. La densité se fait de plus en plus profonde mais non sans fluidité. Le moindre escarpement n'est plus ombre. Se découvre une lumière qui revient progressivement. Tous les trajets de l’artiste sont là pour faire qu’elle remplisse par strates l’espace. S’inventent peu à peu des noces d'aube : la peinture reste en son lieu (la toile) mais l’artiste y introduit l'impénétrable sourire du monde.
Il est fait de falaises aux « bruissements » soyeux d’où émane un émoi particulier. Anne Pantillon reste fidèle à un art de rupture (donc rupestre) qui ne renonce jamais à investir un étrange cours de l’art afin de le déranger et montrer encore et toujours de l’invisible. Cette peinture chargée de précipités épouse le mouvement. Le monde y résiste à l’effacement et il échappe au temps. Sur la peau "lavée" des œuvres apparaissent les pentes de cratère, des coulures par paliers. Chaque œuvre cerne un suspens, ébauche quelque chose qui attend qui arrive comme si par la peinture surgissaient des idées de "derrière la tête".