Les Basaltes d'Anne Bringolf-Pantillon
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LES BASALTES d’Anne Bringolf-Pantillon
Pierre Hugli, Phart, octobre 2002
Je pleure quand le soleil se couche parce qu'il te dérobe à ma vue et parce que je ne sais pas m'accorder avec ses rivaux nocturnes.
Bien qu'il soit au bas et maintenant sans fièvre, impossible d'aller contre son déclin, de suspendre son effeuillaison, d’arracher quelque envie encore à sa lueur moribonde.
Son départ te fond dans son obscurité
Comme le limon du lit se délaye dans l'eau du torrent
Par-delà l’éboulis des berges détruites.
Dureté et mollesse au ressort différent ont alors des effets semblables
René Char
A l’époque où Anne Bringolf-Pantillon illustrait ce poème, on ne pouvait guère prévoir le choc qu’elle ressentirait en se promenant aux sources de l'Ardèche, rivière qui creuse ses berges en découvrant des roches basaltiques dont les coulées d’origine volcanique, colorées et sculptées manifeste des rythmes inspirant désormais sa peinture.
Après une absence de six ans de la scène artistique, l’artiste d'origine neuchâteloise va occuper les murs de l’Estrée avec ses surprenants collages de papiers peints (à l’encre, parfois aquarelles) découpés et assemblés de manière subtile, selon une logique et un cheminement ii la fois imprévisibles et implacables. Les couleurs, dans les gris noirs, sont austères, presque provocatrices, (les sortes de bas-reliefs captent l'attention, dans leur concise économie, en sollicitant du regard tout ce qu’il pourrait découvrir de subtil dans les nuances entre les gris, les noirs, et les reflets, verdâtres ou brunâtres, que cèlent les nombreuses couches revêtant les papiers peints.
Jusqu'au dernier printemps. Anne Bringolf se « reposait » du travail de ses collages en peignant à l'aquarelle sur papier artisanal, des natures mortes, soigneusement rythmées elles aussi - il faut signaler à ce propos que, faisant partie de la famille neuchâteloise des Pantillon, elle est marquée par la musique, et quelle pratique le violon.
Après être retournée en Ardèche, sa réflexion basaltique se retrouve dans de superbes aquarelles traitées à la manière de l'huile, où I on découvre des rythmes analogues de formes colorées par couches successives dont on goûte les dégradés et les transparences. Ce sont toujours des tons austères, mais il y a des sortes de « sfumato », donc plus de sensualité : ce jeu de miroirs et de rythmes définit des variations d'une énergie dont on ne finit pas d'épuiser le sens.
Pierre Hugli, Phart, octobre 2002